MURS DE SON




La nostalgie du grand vacarme, de la déflagration assourdissante, dont parlent les murs de son. Le beat qui meurtrit la terre, lézarde son écorce, résonne d’indifférence à tout ce qui n’est pas puissance effrénée et se diffuse en ses entrailles, porté par le rêve inavoué de la forcer à craquer, de faire lâcher les cœurs trop incapables de soutenir la violence du martèlement.

Ils pilonnent la terre, le ciel, la mer, et les animaux meurent qui ne peuvent pas fuir, les arbres pleurent, les fleurs se dessèchent avant d’avoir vécu, le gros son ne craint rien ni ne se connaît d’adversaire à sa mesure, surtout pas ses dévots qu’il vide de leur âme en un simulacre de transe chamanique et laisse tituber, derviches ratés, suralcoolisés, absents à eux-mêmes, vacillant follement comme des poulets décapités avant que de tomber saignés à blanc.

Partout le gros son doit remplir les moindres interstices du technomonde, effacer toute trace d’ancienne ou possible transcendance, éradiquer la dissidence du silence, de la patience, en un souffle explosif. Blast. Aucun espace vierge ne doit pouvoir échapper à l’envahissement sonore, aucun cœur ne doit plus battre à la cadence vitale qui lui est propre mais rejoindre la pulsation commune, binaire et définitive – sans retour.